Nouveaux usages de la ville : nouveaux besoins en éclairage public.
- Aude Grard
- 29 sept. 2025
- 4 min de lecture
Les 17 et 18 septembre 2025 se sont tenues les Journées nationales de la lumière (JNL) organisées par l’AFE. À cette occasion, acteurs des collectivités territoriales, experts en éclairage et fabricants se sont réunis pour interroger le futur de l’éclairage public dans un contexte d’évolution des pratiques urbaines et de réchauffement climatique. Alors, de quoi l’éclairage public de demain sera-t-il fait ? Les collectivités sont-elles à même d’assurer la gestion et la maintenance de technologies toujours plus complexes ? Prismes était sur place, nouveaux besoins en éclairage public : aperçu des temps forts.

Des villes plus chaudes, une nuit plus dense
Agnès Tilly, Chef du service Eclairage Urbain & Réseaux Eurométropole de Metz l’a rappelé : les usages urbains sont en phase d’être profondément bouleversés. Les canicules de plus en plus nombreuses replacent la nuit comme un temps fort, les habitants profitant de la fraîcheur du soir pour sortir, tandis que le développement des modes doux dits « actifs » — vélos, trottinettes — multiplie la vitesse de déplacement des usagers. Résultat ? L’éclairage public doit répondre à des besoins contradictoires : il doit mettre en scène la ville nocturne de plus en plus fréquentée en été, sécuriser les déplacements de chacun, préserver la biodiversité, et limiter l’énergie dépensée. Ainsi, la pilotabilité devient le maître mot de ce nouvel éclairage public, agile et protéiforme.

Nouveaux besoins en éclairage public : un éclairage pilotable et communiquant qui met aux défis les services internes des collectivités
L’exemple bordelais
Ghislain Luneau, responsable du service éclairage, réseaux secs et équipements connectés à Bordeaux Métropole l’affirme : ce sont les besoins qui doivent guider le choix technologique et non l’inverse, la télégestion centralisée n’étant pas la panacée dans toutes les situations. À Bordeaux, qui compte 34 200 points lumineux, le choix s’est porté sur une solution de communication locale pour un certain nombre de rues résidentielles. Dans ces rues, les luminaires communiquent par petits groupes, sans gestion centralisée. Ainsi, l’éclairage public s’allume par « train de lumière » : le premier luminaire qui détecte un mouvement parle à ses voisins, la rue s’allumant au fur et à mesure. Si ces rues couplent parfois éclairage solaire et éclairage filaire, la limite de ce type d’installation porte sur les difficultés d’interopérabilité entre les marques.
La question de la gestion interne
Bordeaux a également mis en place un véritable projet de smart light entre 2017 et 2019 : l’ambition était alors d’interfacer 200 luminaires avec des bâtiments et des recharges de véhicules. Une installation complexe qui interroge la capacité des collectivités à gérer et maintenir ces systèmes de télégestion. En effet, comme l’ont souligné les intervenants, les agents d’éclairage public ne sont à l’origine pas électroniciens. Si ces derniers se forment, la montée en puissance de ces nouvelles compétences — électroniques et informatiques — se fait parfois au détriment des formations en électricité de base. Or, la sécurité électrique reste l’enjeu majeur du travail de terrain pour les agents.
Comment l'éclairage public peut-il préserver la biodiversité ?
Les possibilités d’extinction, de gradation ou de variation de la tonalité de lumière constituent également une réponse à un nouveau besoin : protéger la biodiversité, y compris dans des villes de plus en plus végétalisées. Néanmoins, comme le détaille notre article Faune, flore, humains : l’éclairage public est-il vraiment néfaste pour la biodiversité ?, il n’existe pas de solution parfaite pour préserver la faune et la flore, mais plutôt des recherches de compromis.
"Un éclairage public n’aura pas le même impact d’un point à un autre, selon sa teinte, son intensité, sa direction, ses horaires d’allumage, son orientation. Il s’agit donc de prioriser : c’est toute la démarche des projets de trame noire. Ainsi, les écologues sont capables de prioriser l’intérêt d’une espèce pour la biodiversité en fonction d’un milieu donné". Virginie Nicolas pour Prismes.

Alors, ne pourrait-on pas s’appuyer sur un outil plus radical, comme un « score » biodiversité pour les luminaires qui permettraient aux collectivités de choisir facilement les sources adaptées pour les milieux sensibles ? Dans cette perspective, les experts ont expliqué que la création d’un tel outil se heurte pour l’instant à une difficulté majeure : la sensibilité des espèces aux spectres lumineux varie énormément, faune et flore ayant des sensibilités quasiment opposées. Néanmoins, les études se poursuivent et pourraient déboucher sur une petite révolution en matière d’éclairage public. À suivre…
Le point sur la vocabulaire de la lumière...
Gradation : Une lumière gradée est une lumière dont le flux augmente ou diminue, soit de manière continue, soit par palier. Aujourd’hui, beaucoup de luminaires intérieurs et extérieurs sont gradés de manière à adapter le niveau lumineux aux usages ou créer des effets de lumière.
Pilotabilité : Désigne la capacité d’un objet ou d’un système à être contrôlé par une personne ou une intelligence artificielle. En éclairage, la pilotabilité des appareils est devenue un enjeu majeur. Ainsi, les fabricants de luminaires extérieurs comme intérieurs proposent des appareils pourvus d’une pilotabilité de plus en en plus grande. Il est désormais possible de faire varier la température de lumière et l’intensité lumineuse des appareils, via des scénarios préétablis, évolutifs, mais aussi en direct via un ordinateur ou un smartphone. Dans cette dynamique, certaines collectivités se sont lancées dans la lumière à la demande en proposant aux habitants de contrôler l’éclairage public.
Trame noire : Sur le modèle des trames vertes et bleues, la trame noire désigne un réseau écologique propice à la vie nocturne. La pollution lumineuse a de nombreuses conséquences sur la biodiversité. La lumière artificielle nocturne possède en effet un pouvoir d’attraction ou de répulsion sur les animaux vivant la nuit (trameverteetbleue.fr). L’expression « trame noire » a plusieurs sens, puisqu’elle désigne autant le réseau écologique en lui-même que la volonté de limiter les nuisances lumineuses dans ces espaces. L’idée de la trame noire n’est pas nouvelle. De nombreux concepteurs lumière ont proposé aux collectivités dès le début des années 2000 de réduire les éclairages extérieurs, en particulier dans les zones sensibles, et d’apprivoiser l’obscurité, y compris en ville. Avec la prise de conscience des enjeux écologiques et les annonces gouvernementales d’un retour à la sobriété, l’expression “trame noire” s’est imposée depuis quelques années, jusqu’à devenir quasiment connue du grand public.
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