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Le point sur l’IRC (indice de rendu des couleurs)

  • Aude Grard
  • il y a 4 heures
  • 6 min de lecture

Créé dans les années 1960, l'indice de rendu des couleurs (IRC) est une notion fondamentale en éclairage. Présent sur la quasi-totalité des fiches techniques de luminaires, il répond à une question essentielle : comment les couleurs apparaîtront-elles sous une source lumineuse artificielle ? Pour répondre à cette question complexe, l'IRC fournit un indicateur simple : une note de 0 jusqu’à 100 permettant d'évaluer la capacité d'une source à restituer fidèlement les couleurs. Mais dans quels domaines l'IRC est-il réellement déterminant ? L'IRC est-il suffisant ou faut-il aujourd'hui s'intéresser à d'autres indicateurs ? Lumiscope fait le point avec nos experts du mois.


Nuancier
Nuancier dont la perception peut varier en fonction de l'IRC de la source de lumière artificielle © Laures

La définition de l’IRC


L'indice de rendu des couleurs est défini au niveau international par la CIE (Commission Internationale de l’Éclairage). C’est l’ « évaluation quantitative du degré d’accord entre la couleur psychophysique d’un objet éclairé par l’illuminant en essai et celle du même objet éclairé par l’illuminant de référence, l’état d’adaptation chromatique ayant été correctement pris en compte ». Indice de rendu des couleurs, définition, n° 845-02-61

Une définition un peu austère... qui mérite d'être traduite. Sophie Jost — chercheure au sein de l'équipe Bio-ingénierie de la Perception du LTDS à l'ENTPE depuis 2012 et directrice française de la D1 (vision et couleur) de la Commission Internationale de l'Éclairage — la résume ainsi : « L’IRC permet de mesurer comment les couleurs vont apparaître sous une source de lumière ».


Les domaines d’application de l’IRC et les enjeux normatifs 


Les normes

Concrètement, l'IRC s'exprime sur une échelle de 0 à 100 (la note pouvant même être négative), l'indice 100 correspondant à la lumière de référence. Plus la valeur est élevée, plus le rendu des couleurs est fidèle : un IRC compris entre 90 et 100 est considéré comme excellent, tandis qu'un IRC compris entre 80 et 90 est jugé bon. C'est pourquoi les produits destinés à l'éclairage intérieur doivent présenter un IRC supérieur ou égal à 80, conformément à la directive Ecodesign 2019/125/CE et au règlement délégué ELR-SLR.


L'IRC ne figure toutefois pas uniquement sur les fiches techniques. Il joue également un rôle central dans la norme EN 12464-1, qui encadre les projets d'éclairage intérieur, notamment dans les environnements de travail. Selon les tâches visuelles et les domaines d'application, cette norme impose ainsi des niveaux d'IRC allant de bons à excellents.


Les secteurs à enjeux

Sophie Jost précise : « l’IRC est particulièrement important dans le commerce, pour la vente textile et alimentaire. D’autres domaines sont plus surprenants, comme le secteur médical et chirurgical, puisque la couleur de la peau et des plaies doit être parfaitement rendue pour les médecins. Enfin, le rendu des couleurs constitue un enjeu majeur en éclairage muséographique. Dans ce cadre, nous avons, par exemple, mené des recherches pour éclairer la Joconde avec le bureau d’études Ingélux ».


Les enjeux liés à l'IRC se sont également posés avec l'arrivée des LED. Fabien Poutignat, président et fondateur de LOUPI, s'y est trouvé confronté très tôt, à l'occasion d'un projet mené pour la maison Chanel : « La LED était au départ utilisée dans le domaine de la signalisation. Mais lorsque les LED blanches sont arrivées à la fin du XXe siècle, elles ont basculé dans une autre fonction : l’éclairage. LOUPI travaillait alors pour Chanel et la marque avait besoin de repenser son miroir pour le maquillage des mannequins - Coco Chanel était d’ailleurs très intéressée par la lumière, la maison de couture avait donc conservé une forte exigence dans ce domaine. Pour répondre à la commande et arriver à un excellent IRC, proche de la lumière solaire, j’ai acheté mon premier spectromètre et nous avons fait des essais pendant un an. En effet, la LED blanche seule ne suffit pas, son spectre est trop pauvre.  Nous avons créé un cluster de LED pour enrichir son spectre lumineux avec des LED RVB, blanc chaud et blanc froid ».


Dans certaines domaines, l'IRC est particulièrement important, notamment la vente, la muséographie ou encore le domaine médical (chirurgie, prothèse).


Un indice amené à évoluer : de l'IRC au TM-30 ?


Les limites de l'IRC

Conçu à l'origine pour évaluer les lampes à incandescence et les tubes fluorescents, l'IRC s'est révélé moins pertinent avec l'arrivée des LED. Certaines sources obtenaient en effet un excellent IRC alors que leur spectre lumineux différait fortement de celui d'un corps noir, la référence physique utilisée pour caractériser les sources thermiques. Ce corps noir est un objet théorique qui, lorsqu'il est chauffé, émet un spectre lumineux continu, dont les lampes à incandescence constituent une bonne approximation.


Comme le rappelle Sophie Jost : « l'IRC, créé dans les années 1960, est calculé à partir de seulement huit couleurs tests. Le rouge saturé (R9) n'en fait pas partie. La CIE a ensuite défini six couleurs supplémentaires (R9 à R14), mais elles ne servent pas au calcul de l'IRC ; elles apportent simplement des informations complémentaires sur le rendu de certaines couleurs critiques. »

En d'autres termes, si l'IRC demeure un indicateur pertinent, il ne permet pas toujours de rendre compte de toute la richesse – ou des limites – du spectre lumineux des LED.


L'IRC : tableau utilisé par les profesionnels de l'éclairage
L'IRC est déterminé à partir d'un tableau de couleurs de référence avec 8 couleurs test normalisées (source : Sammode.com)

Le TM-30

C'est précisément pour répondre à ces limites que la CIE a proposé un nouvel indicateur le Rf (Fidelity Index), et que la méthode TM-30 a été développée. Plus complet que l'IRC, il évalue le rendu des couleurs à partir de 99 échantillons colorés, contre seulement huit pour l'IRC. Il est ainsi mieux adaptée aux LED et, plus largement, aux sources lumineuses à spectre complexe.


Le TM-30 fournit également d'autres informations, notamment un indice de saturation des couleurs (Rg, Gamut Index), offrant ainsi une vision beaucoup plus complète du comportement d'une source lumineuse.

L'IRC reste aujourd'hui l'indicateur de référence, principalement parce qu'il est intégré à de nombreuses normes et largement connu des professionnels. Mais la transition est engagée : le TM-30 est déjà utilisé dans plusieurs normes nord-américaines et pourrait, à terme, s'imposer comme le nouvel outil de référence pour évaluer le rendu des couleurs des LED.


Exemple de TM-30 : la perception des couleurs varie beaucoup en fonction de l'éclairage utilisé
Exemples d'application du TM-30. Les couleurs apparaissent de manière très différente en fonction de la température de couleur, du Rf (Fidelity Index) et du Rg (Gamut Index)  © Sophie Jost ENTPE

Vous l'aurez compris, l'IRC reste un indicateur essentiel, mais il ne suffit plus, à lui seul, à caractériser la qualité d'une source lumineuse. Pour les projets où la perception des couleurs constitue un enjeu majeur – commerces, musées, santé ou cosmétique –, il est pertinent de demander au fabricant les données TM-30 et de s'appuyer sur l'expertise d'un concepteur lumière. Celui-ci pourra définir non seulement le matériel le plus adapté, mais aussi la température de couleur, deux paramètres qui influencent directement la perception finale des couleurs.


Revue de projets spéciale IRC


LOUPI - éclairer un musée de minéralogie

Au musée de Minéralogie de l'école de Mines, LOUPI a éclairé les pierres précieuses grâce à un strip LED discret ( LDFlex et LED 2016) en 4000 K, avec un IRC 90+. Cette température est également utilisée pour éclairer les vitrines des pierres de luxe. La matérialité et les teintes subtiles des pierres sont sublimées.



Softlights - EiK ou la richesse spectrale

Au-delà de l'IRC, la qualité d'une lumière dépend de sa composition spectrale. EiK combine quatre qualités de blanc à IRC >95 et des additifs spectraux pour créer une large palette lumineuse, de l'universalité de la bougie à la richesse de la lumière du jour. Plusieurs spectres se superposent et se renforcent pour former une lumière que l'IRC ne peut décrire. Le SSI (indice de similitude spectrale) complète cette approche.



ASLED - Éclairage professionnel et artisanat de pointe

Souvenez-vous ! En 2025, ASLED décrivait pour Lumiscope ses propositions pour répondre aux besoins de l’artisanat de pointe, tels que la joaillerie ou la couture. ASLED a en effet développé la LED SEERA intégrée dans un luminaire au confort visuel extrême : « nous travaillons avec les chaussonniers de danse Repetto qui ont besoin de 3500 lux sur leur table de travail, c’est énorme ! La norme en prescrit 500. Avec une telle quantité de lumière, le confort doit être absolu et l’éblouissement nul. ASLED a donc installé chez Repetto des luminaires avec un UGR inférieur à 14 et un IRC à 99 ». 👉Retrouvez l'intégralité des propos d'ASLED dans notre article : éclairer dans des conditions extrêmes.






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