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Éclairer la grande distribution

  • Aude Grard
  • 24 févr.
  • 9 min de lecture

Vous souvenez-vous de ces kilomètres d’allées éclairées aux tubes et gamelles néons blafards ? Des watts arrosés généreusement ? Ce temps est déjà loin. L’esthétique des commerces se réinvente, l’atmosphère d’un supermarché étant aujourd’hui aussi travaillée que celle d’un magasin premium, avec en premier chef l’ambiance lumineuse. Le prix de l’énergie, les réglementations, les nouvelles façons de consommer ainsi que l'engagement de certains acteurs poussent les professionnels de la grande distribution vers l’innovation.



Dernière innovation en date ? Des étiquettes électroniques autonomes qui se rechargent en captant la lumière artificielle des appareils d’éclairage, le luminaire devenant alors une composante d’une synergie énergétique pensée à l’échelle d’un magasin. Pour témoigner de ces évolutions et nous parler de l’avenir de l’éclairage dans la grande distribution, Franck Onraed, responsable « énergie et équipement » chez Perifem, a accepté de répondre aux questions de Lumiscope.


Fédération technique du commerce depuis 45 ans, Perifem rassemble les grands acteurs du commerce et la distribution dans le domaine de l’alimentaire et des enseignes spécialisées (vêtements, sport, jardin, électroménager, ameublement) ainsi que des centres commerciaux. Les adhérents cherchent un appui technique auprès de la fédération sur des sujets aussi bien réglementaires que de sûreté/sécurité, d'énergie, de construction, d'environnement ou encore d'accessibilité/inclusion, dans la perspective de bâtir le commerce de demain. Acteur majeur du commerce, Perifem représente plus 35 000 points de vente et organise, entre autres évènements, chaque année le Perifem Day


L’éclairage, un enjeu majeur pour la grande distribution


Un enjeu énergétique


L’éclairage représente un enjeu majeur dans le secteur commercial. Il constitue le deuxième poste de dépense énergétique après la CVC (chauffage, ventilation et climatisation), et le troisième pour les enseignes alimentaires, derrière les dépenses liées au froid. En effet, il représente 10 % de la consommation totale d’un site. Dans cette perspective, l’arrivée de la LED a opéré un changement radical « nous avons réduit drastiquement les consommations en passant du tube fluorescent à la LED, et avons divisé en quelques années par deux, voire trois, les consommations de cet usage, depuis l’arrivée des premières LED », précise Franck Onraed.


Un enjeu commercial


« La LED a totalement transformé les ambiances. Elle nous a permis de ciseler les niveaux lumineux et les tonalités, en éclairant davantage certains rayons, comme la santé et l’hygiène ou même certains produits, en créant des accentuations sur les fruits et légumes, les métiers de bouche. Ainsi, nous consommons moins sans dénaturer l’ambiance définie par l’enseigne, ce que nous appelons “le concept”. En effet, dans le luxe ou dans un supermarché, l’éclairage véhicule toujours un imaginaire et permet de sublimer le produit, l'identité le marque  et le parcours commercial ».



La voix des fournisseurs - Présentation de StoreFlow par Signify. Avec StoreFlow, Signify a développé une solution d’éclairage modulaire spécifiquement conçue pour les environnements retail alimentaires et non-alimentaires. La diversité d’optiques et de flux lumineux disponibles permet une mise en lumière précise des produits tout en garantissant un excellent confort visuel pour les clients comme pour les équipes en magasin. Cette flexibilité permet d’adapter finement l’éclairage aux différentes zones (allées, têtes de gondole, zones promotionnelles, rayons frais, caisses), tout en assurant une cohérence esthétique globale et une lecture claire de l’offre. Au-delà de la qualité de lumière, StoreFlow répond aux enjeux énergétiques actuels grâce à ses hautes performances et à sa compatibilité avec notre système de gestion connectée Interact. Pilotage intelligent, gradation et scénarios permettent d’optimiser les consommations et de réduire les coûts de maintenance, en cohérence avec les stratégies RSE des enseignes.Déjà déployée dans plusieurs magasins en France, cette solution illustre qu’un éclairage bien pensé peut simultanément renforcer l’attractivité des produits, améliorer le confort d’achat et contribuer à l’efficacité opérationnelle. L’éclairage devient ainsi un outil au service de la performance commerciale autant que de la transition énergétique.

Ce sont d’ailleurs les enjeux commerciaux qui contribuent à faire évoluer les appareils d’éclairage : « nos adhérents sont aussi des apporteurs de solutions, comme des fabricants d’éclairage, présents sur l'ensemble de la chaîne de valeur (des études en amont à la mise en œuvre et la maintenance). Adhérer à Perifem leur permet de connaître les feuilles de route des enseignes, comprendre les mutations qui s'opèrent en lien avec l'attendu des clients et développer des solutions techniques en fonction des besoins exprimés par le secteur. Notre leitmotiv est d’ailleurs, depuis l'origine, “techniquement viable et économiquement soutenable”, ce qui résume bien ce cercle vertueux , sans lequel rien ne peut réellement se déployer et durer».


graphique TRATO
Économies d’énergie avec la LED selon TRATO : le passage du tube fluo à la LED permet d'économiser 43% d'énergie et jusqu'à 70% avec une solution LED connectée © Graphique TRATO.

Nouvelles réglementations : entre volonté d'avancer et impossibilité de mise en œuvre


Les impasses de la réglementation constructive RE2020 et du décret tertiaire


Du côté constructif, la règlementation RE2020 impose de réduire drastiquement et sans distinguo l’éclairage artificiel au profit de l’apport de lumière naturelle (baies murs rideaux, shades, skydômes) passant d’un monde où les niveaux d’éclairage varie d’une échelle 1 à 5 selon la nature d’activité et le concept (entre 7 et 37 W/m2 de puissance nominale installée hors gradation sur les opérations récentes bénéficiant déjà d’apport de lumière naturelle) et dans lequel une baisse à 10 W/m2 semble impossible pour un certain nombre d’exploitants.

Tableau présenat les puissances installées en W/m²
Tableau présentant les puissances des éclairages installés en W/m² selon les catégories de commerces, réalisé à partir d'un sondage Perifem auprès des adhérents de la fédération © Perifem

« Si 10 à 12w/m² semblent atteignables pour certaines activités comme les GSA, GSS, ils le sont beaucoup moins, pour ne pas dire impossibles, en ce qui concerne les enseignes de beauté/santé, grands magasins ou centres commerciaux, s’ajoutant à cela que le preneur final du local n’est pas toujours connu au moment de la conception de la coques et que le maitre d’ouvrage ne peut imposer un concept au risque de ne trouver preneur.


L’éclairage joue un rôle fondamental dans la grande distribution : les personnes qui achètent et celles qui travaillent dans les surfaces de vente ont besoin d’un certain niveau lumineux : l’apport de lumière naturelle ne peut suffire à y répondre (luminosité variable selon la localisation, les saisons et les contraintes bâtimentaires du site) ».


De l’autre, le dispositif Eco Energie Tertaire (appelé aussi décret tertiaire) oblige sans distinction à réduire de 40% les consommations énergétiques ou d’atteindre des « valeurs absolues » (ratios) de consommation dès 2030, avec une accentuation en 2040 et 2050, qu’on soit un commerce existant ou une boutique toute neuve.


« Le niveau d’exigence en matière d’éclairage implicite dans cette réglementation impose des niveaux extrêmement bas qui inquiètent très fortement la profession, notamment sur les activités commerciales et concepts de type bijouterie, luxe, chaines de prêts à porter, grands magasins. Si les grands acteurs du commerce et de la distribution se sont collectivement déjà mobilisés à travers un protocole de sobriété énergétique il y a trois ans et n’ont de cesse d’œuvrer plus encore depuis pour réduire leurs consommations d’énergie, cela ne pourra suffire à l’évidence.

Perifem bien que très investi dans les débats qui guident ces textes peinent à faire  comprendre au législateur que le domaine du commerce fonctionne par gammes, guidées par cette notion de “concept”. Réduire drastiquement l’éclairage d’un espace de vente revient à changer totalement son atmosphère. De plus, les enseignes internationales déploient la même esthétique et le même éclairage partout dans le monde. Ainsi, elles ne s’adapteront pas à la France et choisiront de ne plus s’y implanter tout simplement, faute de solution compatible même avec les meilleurs choix technologiques ».


Optimiser l’énergie avec le décret BACS


Le décret BACS ou « Building Automation and Control System » (systèmes d’automatisation et de contrôle des bâtiments dans la lanque de Molère) vise à l’installation de GTB pour permettre un meilleur pilotage des usages et consommations associées à échéance 2025 ou 2030 selon la taille du site (définie par la puissance des systèmes techniques installés) au travers de la mise en œuvre d’un suivi précis des consommations, de scénarii de pilotage optimisés et d’automatisation vertueux, tout en assurant le confort des occupants.


En réalité, un tel pilotage à l’échelle du bâtiment tel qu’il a été pensé dans le décret BACS n’est pas toujours utile dans la grande distribution. « Les luminaires LED installés dans les allées embarquent déjà des capteurs qui permettent de grader selon les heures pleines et creuses, selon les variations de la lumière naturelle ou encore de la fréquentation par rayon pour évaluer et dimensionner de manière appropriée l’attractivité des espaces d’un magasin. Ces capteurs embarqués sont donc vitaux pour éviter la surconsommation : ce sont eux qui amènent les rayons, et même les meubles, à se mettre en veille lorsque personne n’y passe. Aussi, l’objectif est-il pour nous de contrôler chaque lumen afin d’optimiser son émission et de recueillir de la DATA sur les trajectoires de consommation. L’éclairage constitue un bon niveau d’altimétrie pour suivre ce qui se passe en termes de parcours du client ».



La voix des fournisseurs -TRATO, présentation de la solution CONNECT. Notre challenge était de proposer des solutions qui ne changent pas l’expérience client tout en optimisant ces périodes sans client dans une zone. Ces solutions existent. TRATO par exemple déploie massivement une solution appelée CONNECT qui permet de baisser le flux de manière douce sans que ce soit visible quand le client n’est pas présent, et de l’augmenter de la même manière quand il est dans la zone en train de faire son acte d’achat. Cette solution permet d’accompagner le retailer dans l’usage qu’il fait de l’éclairage sans affecter l’expérience client. L’éclairage apporte dès lors une contribution non neutre dans les objectifs de réduction énergétique. Par ailleurs, cette solution connectée peut permettre également de remonter des informations de consommation mais également de fréquentation très utiles pour les enseignes et leurs services marketing.

Selon Franck Onraed, les acteurs de la grande distribution sont donc pris dans un jeu complexe face à ces réglementations : elles poussent à des innovations collectives dans une visée louable et ambitieuse - rentabiliser encore davantage chaque watt consommé - mais portent, malgré les efforts déployés, des objectifs quasi impossibles à atteindre.


Éclairer la grande distribution : les enjeux du futur


Éclairage producteur d’énergie


Les acteurs de la grande distribution travaillent aujourd’hui à connecter encore davantage les différents secteurs consommateurs d’énergie via des cercles vertueux. La société VUSION, membre de Perifem, qui distribue les étiquettes électroniques connectées a lancé récemment une nouvelle génération d’étiquettes numériques sans apport électrique. La batterie des étiquettes (déportée dans un rail) se recharge ainsi grâce à un bandeau photovoltaïque (développé par Exeger) qui capte l’apport de l'éclairage artificiel du magasin, le luminaire devenant ainsi producteur d’énergie.


La voix des fournisseurs - Présentation de Powerfoyle (Extrait et traduit du Livre blanc Vusion/Exeger, téléchargeable sur Vusion.com). Powerfoyle est une technologie de cellules solaires avancée qui s'appuie sur les principes des cellules solaires à colorant (DSSC), une innovation majeure des années 1990. Les DSSC fonctionnent comme la photosynthèse artificielle, grâce à une couche de dioxyde de titane recouverte d'un colorant photosensible. Lorsque la lumière frappe le colorant, elle libère des électrons dans le dioxyde de titane, générant un courant électrique. Ces électrons circulent dans un circuit et retournent via une solution électrolytique, qui régénère le colorant pour maintenir le processus. Les DSSC sont particulièrement efficaces en faible luminosité, ce qui les rend idéales pour les applications intérieures.

Éclairage et inclusion


Baisse du niveau d’éclairement, annonces et musiques coupées, initialement appliquées en phase test, les heures silencieuses ont finalement été pérennisées. Les clients atteints de troubles cognitifs (tels que l’autisme ou l'hypersensibilité) peuvent ainsi faire leurs courses sans exposition importante aux nombreux stimuli visuels et sensoriels, générateurs de stress et d’anxiété. Une initiative de certains acteurs de la grande distribution facilitée notamment par les éclairages gradables en place.



Éclairage et environnement


Les enjeux de réemploi et de réparabilité de l’éclairage commencent également à être introduits au sein des cahiers des charges : « tout se joue au moment des appels d’offres. C’est aussi en posant de nouvelles attentes aux fabricants que le marché se transforme, en réponse aux nouvelles exigences, qu'elles soient volontaires ou réglementaires ». Néanmoins, si un changement d’état d’esprit est à l’œuvre, l’investissement de départ vers des appareils réemployables, souvent plus lourd, constitue encore un frein.


«  Les approches d’achats évoluent pour intégrer le réemploi, la recyclabilité, la durabilité des équipements et l’empreinte carbone, passant d’un monde de coût complet à une approche 360° en eTCO (environmental Total Cost of Ownership) sur la durée d’exploitation. Enfin, nous lisons l’enjeu environnemental également en termes d’impact sur la biodiversité nocturne. Nous travaillons actuellement sur la recherche de spectres lumineux moins perturbants pour la faune nocturne dans la perspective d’équiper les luminaires des parkings la nuit ». 


Le point sur le vocabulaire de la lumière...


Gradation : Une lumière gradée est une lumière dont le flux augmente ou diminue, soit de manière continue, soit par palier. Aujourd’hui, beaucoup de luminaires intérieurs et extérieurs sont gradés de manière à adapter le niveau lumineux aux usages ou créer des effets de lumière.


Lumen : Le lumen est l’unité de mesure du flux lumineux (symbole lm). L’efficacité lumineuse d’une source se mesure ainsi en lm/W, soit le rapport entre le flux lumineux (en lumen) et la puissance électrique absorbée (en watt).


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