Empreinte environnementale des luminaires
Analyse du cycle de vie, profil environnemental, EPD, base INIES… toutes ces notions vous parlent certainement, mais de quoi s’agit-il exactement ? Que signifie, pour un fabricant, réaliser l’analyse du cycle de vie (ACV) d’un luminaire ? Et quels sont les liens avec la RE2020 ? Le point avec notre expert du mois : Jean-Marie Croué, délégué général de l'Union de l'Industrie du Luminaire et secrétaire de l’association PEP Ecopassport.

Analyse du cycle de vie : le cadre réglementaire, le PEP ecopassport et la RE2020
L’analyse du cycle de vie (ACV) est une méthode qui permet d’évaluer les impacts environnementaux d’un produit sur l’ensemble de son cycle de vie : matières premières, fabrication, transport, utilisation et fin de vie. Elle ne s’intéresse donc pas uniquement aux émissions de CO₂ : selon les indicateurs retenus, elle prend aussi en compte la consommation de ressources, l’énergie, l’eau et d’autres impacts environnementaux.

Dans le secteur du bâtiment, cette approche a progressivement pris une place importante dans la réglementation française. La RE2020, entrée en vigueur en 2022, introduit notamment le calcul de la performance environnementale des bâtiments neufs. Pour réaliser ce calcul, les logiciels s’appuient sur des données environnementales concernant les produits et équipements utilisés.
Pour les équipements électriques, électroniques et de génie climatique, ces données peuvent notamment prendre la forme d’un PEP (Profil Environnemental Produit). Les PEP sont fondés sur une ACV et font l’objet d’une vérification indépendante. À l’échelle internationale, on retrouve une démarche comparable avec les EPD (Environmental Product Declarations), dont les PEP constituent une déclinaison adaptée aux équipements électriques, électroniques et de génie climatique. Les PEP sont notamment disponibles dans la base INIES, la base nationale de référence pour les données environnementales du bâtiment.
ACV, PEP et vérification : trois notions à ne pas confondre
Une ACV est l’étude qui permet de calculer les impacts environnementaux d’un produit. Le PEP est la déclaration environnementale qui présente les résultats de cette étude selon des règles précises. Enfin, la vérification correspond au contrôle de cette déclaration par un vérificateur indépendant habilité.
On parle donc plus précisément de « déclaration environnementale vérifiée » que de « certification de l’ACV ». Cette distinction est utile : un fabricant peut réaliser une ACV pour mieux connaître et améliorer son produit, sans nécessairement aller jusqu’à la publication d’un PEP.
Le cas des luminaires : le PSR-0014
Pour réaliser un PEP concernant un luminaire dans le cadre du programme PEP ecopassport®, l’ACV doit respecter les règles méthodologiques du programme. Pour les luminaires, la règle spécifique est le PSR-0014.
Le PSR-0014 n’est pas une réglementation européenne. C’est une règle spécifique du programme PEP ecopassport® qui précise, pour les luminaires, la manière de réaliser l’évaluation environnementale : périmètre de l’étude, durée de vie de référence, hypothèses de calcul et principales étapes du cycle de vie à prendre en compte.

Comme le rappelle Jean-Marie Croué : « Il faut donc faire une distinction importante. Il n’existe pas une obligation générale pour tous les fabricants de réaliser une ACV de leurs luminaires selon le PSR-0014. En revanche, lorsqu’un fabricant souhaite établir un PEP pour un luminaire dans le cadre du programme PEP ecopassport®, le PSR-0014 est le référentiel spécifique à appliquer pour cette catégorie de produits. C’est, dans ce cadre, la méthodologie officielle du programme.
L’évaluation prend notamment en compte la fabrication du produit, son transport et son installation selon le périmètre défini, sa phase d’utilisation et sa fin de vie. Pour un luminaire, la phase d’utilisation est particulièrement importante : la consommation électrique sur la durée de vie du produit peut représenter une part significative de ses impacts ».
Empreinte environnementale des luminaires - Que change la RE2020 pour les fabricants ?
Il serait donc excessif de dire que la RE2020 impose à tous les fabricants de faire certifier l’ACV de leurs luminaires. La réglementation ne crée pas une obligation générale de publier un PEP pour chaque luminaire commercialisé.
En revanche, la RE2020 encadre les données environnementales utilisées pour calculer la performance du bâtiment. Lorsqu’une donnée environnementale spécifique est disponible, elle peut être utilisée dans le calcul. Lorsqu’elle ne l’est pas, la réglementation prévoit également l’utilisation de données environnementales par défaut, dans les conditions prévues par les textes.
Un luminaire sans PEP n’est donc pas pour autant « interdit » dans un bâtiment soumis à la RE2020. Pour un fabricant, disposer d’un PEP vérifié et publié dans INIES présente toutefois un avantage important : cela permet de mettre à disposition une donnée environnementale spécifique, standardisée et exploitable par les acteurs du bâtiment.
Et les ACV réalisées selon d’autres méthodes ?
Quid des ACV réalisées par les fabricants en dehors du PSR-0014 ? Elles ne sont pas à remettre en question par principe. Une ACV peut constituer un outil très utile pour l’éco-conception, pour comparer plusieurs solutions techniques ou simplement pour mieux connaître les impacts d’un produit.
La nuance est importante : une telle ACV ne doit toutefois pas être présentée comme équivalente à un PEP conforme au programme PEP ecopassport®. Pour obtenir une déclaration environnementale dans ce cadre, il faut respecter les règles du programme, appliquer le référentiel correspondant au produit et faire vérifier la déclaration par une tierce partie indépendante.
Cette distinction permet aussi d’éviter d’opposer les fabricants. Il faut en effet garder à l’esprit que « réaliser une ACV représente un investissement en temps, en données et en ressources, et tous les fabricants ne se trouvent pas au même niveau de maturité. Une ACV interne sérieuse peut déjà constituer une démarche utile d’éco-conception et de progrès environnemental. Elle doit simplement être distinguée d’un PEP vérifié et publié dans le cadre du programme officiel ».
Un outil de dialogue entre fabricants et clients
Dans le cadre de l'empreinte environnementale des luminaires, pour un acheteur, un prescripteur ou un maître d’ouvrage, la bonne question n’est donc pas seulement « le luminaire a-t-il une ACV ? », mais plutôt : de quelle donnée environnementale dispose-t-on, selon quel référentiel et avec quel niveau de vérification ?
Une simple valeur de CO₂ ne suffit pas à résumer la performance environnementale d’un luminaire. Pour comparer deux produits, il faut notamment regarder le périmètre de l’étude et les hypothèses retenues.
La démarche peut ainsi être progressive : une première ACV peut permettre à un fabricant d’identifier les principaux contributeurs aux impacts et d’orienter ses choix d’éco-conception. Un PEP vérifié et publié dans INIES permet ensuite de mettre ces informations à disposition des prescripteurs, bureaux d’études et maîtres d’ouvrage dans un cadre standardisé.
À retenir
• Il n’existe pas d’obligation générale imposant à tous les fabricants de luminaires de réaliser une ACV ou de publier un PEP.• Pour établir un PEP d’un luminaire dans le cadre du programme PEP ecopassport®, le PSR-0014 est le référentiel spécifique à appliquer.
• Le PSR-0014 n’est pas une réglementation européenne : c’est une règle du programme PEP ecopassport®.
• Un PEP est une déclaration environnementale fondée sur une ACV et vérifiée par une tierce partie indépendante.
• La RE2020 s’appuie sur les données environnementales disponibles pour calculer la performance environnementale des bâtiments. En l’absence de donnée spécifique, des données par défaut peuvent être utilisées dans les conditions prévues par la réglementation.
• Une ACV réalisée volontairement selon une autre méthode peut être utile, notamment pour l’éco-conception, mais elle ne doit pas être présentée comme équivalente à un PEP vérifié.
👉Retrouvez toutes ces notions développées dans le Lexique commenté "éclairage et économie circulaire" rédigé par l'Union de l'Industrie du Luminaire et l'AFE.

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