« Shield of light », la mise en lumière innnovante du théâtre des Champs-Élysées
- Aude Grard
- il y a 4 jours
- 5 min de lecture
Quand la rénovation patrimoniale d’une coupole signée Auguste Perret rencontre une scénographie lumineuse dynamique bénéficiant d’une technologie de pointe, cela donne « shield of light ». Un concept lumière inédit de ProjetScénie, récompensé en 2025 par le prix « Jeune concepteur » de l’ACE et le prix international « Lighting design awards » dans la catégorie patrimoine.
La rénovation d’une coupole de 175 m² signée Auguste Perret
Lorsque Auguste Perret conçoit l’éclairage de la vaste salle du théâtre des Champs-Élysées (1 900 places) en 1912, il imagine un « bouclier » lumineux. Rompant avec la tradition du lustre suspendu, il dessine alors une verrière monumentale rétroéclairée, composée de 131 vitraux, qui doit assurer l’éclairage fonctionnel de la grande salle tout en émerveillant le spectateur qui pénètre dans les lieux et s’apprête à vivre une expérience théâtrale. Dans le cadre de la rénovation globale du théâtre des Champs-Élysées, Yann Jourdan, de chez ProjetScénie et Paul Ravaux du cabinet d’architecture BLPRRC, se sont donc attelés à la rénovation de cet objet Art Déco.
Mais si Auguste Perret a réalisé une prouesse artistique et technique avec la conception architecturale de la coupole, sa mise en lumière, elle, est moins inspirée : pas de projet lumière ni d’effet particulier. Perret choisit simplement d’éclairer son bouclier par des sources à incandescence placées de manière aléatoire derrière le verre. En outre, la grande fresque de Maurice Denis racontant par des images poétiques l’histoire de la musique qui ceint la verrière est peu mise en valeur. Un éclairage « impensé » qui perdurera jusqu’à la rénovation du théâtre en 2025. Alors, comment innover tout en respectant le caractère patrimonial de cette verrière ? Rénovation historique peut-elle rimer avec nouvelle technologie ?

Le défi technique et artistique : un processus créatif réalisé à partir d’un modèle 3D
Une verrière protégée et masquée pendant tout le temps des travaux
Un défi de taille, surtout si l’on sait que, pour rénover cette verrière, l’équipe de ProjetScénie s’est heurtée à un premier obstacle : les verres ont été protégés et masqués pendant toute la durée du chantier. La conception lumière a donc été pensée grâce à un modèle 3D reconstituant entièrement la verrière, sur lequel l’équipe testait des effets lumineux virtuels, corrigés grâce à des tests in situ sur de petits morceaux réels de la coupole. Une mise en œuvre réalisée en huit semaines, pour une découverte du résultat final une semaine avant la fin du chantier !
Un projet validé par le petit-fils du peintre Maurice Denis : une fresque qu’on croit « repeinte » tant elle est mise en valeur
Cette rénovation de la coupole a été réalisée en étroite collaboration avec la DRAC, mais aussi avec le petit-fils du peintre Maurice Denis. Celui-ci a été consulté pour ajuster les températures de couleur des nouveaux luminaires éclairant la fresque, afin de rester au plus près de l’univers colorimétrique de son grand-père. L’équipe du théâtre rapporte d’ailleurs qu’avec ce nouvel éclairage, certains habitués sont persuadés que les fresques ont été repeintes, tant les couleurs et les détails sont transfigurés par la lumière.
« Shield of light » : les coulisses techniques
« Nous avons souhaité une lumière qui raconte et préserve, tout en émouvant chaque spectateur ».
Yann Jourdan, scénographe et concepteur lumière chez ProjetScénie
L’équipe accouche finalement d’une réalisation lumière unique en France : une mise en lumière patrimoniale qui respecte absolument l’objet originel et qui le transfigure. Une expérience de spectateur inédite dans un théâtre historique. Grâce à l’éclairage, la verrière revêt donc deux aspects totalement différents.
Scénario patrimonial
L’éclairage fonctionnel de la grande salle est assuré par la verrière de 15 m de diamètre, l’entièreté des sources étant cachée dans un plafond technique situé derrière le verre. Hors spectacle, la verrière est éclairée en blanc fixe, chaud et blanc froid.
Les rayons sont éclairés par des linéaires LED CAMPUS MINI de chez ATEA, choisis pour leur finesse (1 cm de large), collés directement derrière le verre. Ils mettent en valeur le caractère graphique de l’ouvrage.
Scénario dynamique spectaculaire
Lorsque la lumière s’éteint, un scénario lumineux démarre : la verrière se met en mouvement, au fil des couleurs qui la transfigurent. Il est d’ailleurs possible d’intégrer de nouveaux scénarii lumineux en fonction de l’imagination des metteurs en scène qui investissent la grande salle.
Les peintures de Maurice Denis sont éclairées par un double rang de luminaires qui permettent de dissocier l’éclairage des sols des peintures et des ciels. L’équipe a choisi les Calumma XL et M et les Eminere 2 de chez Anolis lighting, marque proposant des projecteurs associant haut rendu des couleurs (IRC), encombrement réduit et capacité de pilotage élevée.
Les autres luminaires sont de la marque GDS Lighting (distribués par COEMAR) dans le cadre d’une fabrication sur mesure, qui a eu pour but de diviser les sources en sous-unités et de piloter en RJ 45 (pilotage DriveHub). Ce type de pilotage permettant de déporter l’ensemble de l’alimentation et du pilotage, ce qui était, dans ce projet, essentiel pour la maintenance.
Cette réalisation associe donc maîtrise technique et modernité. Les matériels d’éclairage installés assurent une faible consommation énergétique, tout en garantissant des niveaux d’éclairement conformes aux normes d’accessibilité. Sans équipement additionnel, cette scénographie lumineuse permet également des effets événementiels sophistiqués, une première pour le lustre d’une grande salle de spectacle, qui ouvre la voie aux futures réalisations.
Équipe du projet
Conception lumière : Yann Jourdan, ProjetScénie
Maîtrise d’ouvrage : Théâtre des Champs-Élysées
Architecte du Patrimoine : Paul Ravaux, BLPRRC
Installateur : COLIBRI Cordistes, Pezant Electricité (électricité), BC Maintenance Equipement (serrurerie), D6 Bell Light (intégrateur lumière)
Fournisseurs de matériels principaux : GDS, Coemar, Anolis, ATEA, Le pilotage est de chez VISUAL PRODUCTION
Le point sur le vocabulaire de la lumière…
Température de couleur : Permet de définir la tonalité de lumière ou couleur de lumière d’une lampe. Elle s’exprime en kelvin (symbole K) (source https://www.ace-fr.org/). La valeur de référence est la lumière du jour. Cette température a été normalisée par la CIE à 6500 K, ce qui correspond au moment où le soleil est au zénith, soit une teinte de blanc très froid. À titre d’exemple, une lampe halogène se situe à 3200 K.
IRC (Indice de rendu des couleurs) : L’indice de rendu des couleurs (IRC) permet de mesurer la capacité d’une source lumineuse artificielle à rendre les couleurs, telles que celles-ci apparaissent sous la lumière solaire. Pour ce faire, l’IRC s’exprime via une échelle allant de 0 à 100, l’indice 100 étant attribué à la lumière solaire. Un IRC entre 90 et 100 permet un excellent rendu des couleurs. Un IRC entre 80 et 90, permet un bon rendu des couleurs. Tous les luminaires intérieurs doivent ainsi avoir un IRC égal ou supérieur à 80, conformément à la directive ecodesign 2019/125/CE et au règlement délégué ELR-SLR. Pour les luminaires extérieurs, il n’existe pas d’exigence d’IRC.
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