Luminaire : savoir lire une fiche technique, enfin !
- Aude Grard
- 22 déc. 2025
- 7 min de lecture
Bien choisir un luminaire, c’est d’abord décrypter sa fiche technique fournie par le fabricant. Élémentaire ? Pas si simple. Si les IRC, IP et autres SDCM vous semblent hermétiques, suivez notre guide ! Lumiscope vous aide à décrypter les fiches techniques — tout comprendre pour mieux choisir — avec l’appui de Bernard Ong, directeur technique du Syndicat du luminaire.

Qu’est-il important à prendre en compte sur une fiche technique ?
Bernard Ong : « Ce qui est important, c’est d’abord de choisir un luminaire en fonction de son application, de définir un cahier des charges en prenant en compte les usages des différents types d’espaces ».
Aussi les données d’une fiche seront-elles analysées selon trois thématiques : la vie du luminaire, la qualité de lumière et enfin les fonctionnalités.
Savoir lire une fiche technique : la vie du luminaire
La vie du luminaire renvoie aussi bien au contexte dans lequel sera utilisé l’appareil qu’à la durée pendant laquelle il devra fonctionner.
La classe électrique
La classe de protection constitue une notion électrique fondamentale. Les appareils vendus sont de classes 1, 2 ou 3. Ce chiffre indique le niveau de protection dont dispose l’appareil, il est déterminé par le fabricant.
– Classe 1, protection assurée par la mise à la terre des parties conductrices accessibles et par l’isolation principale des parties sous tension,
– Classe 2, protection assurée par une double isolation (ou isolation renforcée) ne nécessitant pas de mise à la terre,
– Classe 3, protection assurée par une alimentation en très basse tension de sécurité (souvent de 5 à 24 V).
Il n’existe pas de classe « idéale », le choix de la classe se fera en fonction du contexte.
Les indices de protection et de choc

L’IP est l’indice de protection. Il qualifie par deux chiffres le degré de protection d’un appareil d’éclairage contre la pénétration des corps solides pouvant être de la poussière (1er chiffre) et liquides (2e chiffre). L’indice de protection minimum correspond à IP20 pour tous les luminaires, ce qui est suffisant pour les pièces sèches : couloirs, escalier, chambre, bureau. Pour les pièces humides, il faudra se tourner vers des luminaires IP44 et se référer à la norme NF C 15-100. La norme NF C 15-100 régit les installations électriques en France, en s’attardant notamment sur la salle de bain.
L’IK définit la résistance mécanique de l’enveloppe à une énergie de choc. Si, dans beaucoup de cas, un IK02/03 est suffisant, dans un gymnase, par exemple, on installera un luminaire avec un IK supérieur, pouvant se rapprocher d’un IK10.
Essai au fil incandescent
L’essai au fil incandescent est un test pratiqué par les fabricants qui est destiné à simuler les effets de contraintes thermiques produites par une source chauffée électriquement afin de représenter un danger d’incendie et l’aptitude limitée à propager la flamme. Cette donnée peu connue (des non spécialistes) est pourtant essentielle pour les établissements recevant du public (ERP) et les immeubles de grande hauteur (IGH), en raison de leur réglementation incendie spécifique.

« Dans les IGH, l’arrêté du 30 décembre 2011 (modifié par l’arrêté du 17 mai 2024) fixe des exigences spécifiques pour l’essai au fil incandescent, celui-ci devant être réalisé à une température de 850 °C pour les luminaires dans les escaliers et les circulations horizontales communes, en plus des 650 °C fixés par la norme luminaire NF EN IEC 60598-1. Cette donnée est donc à vérifier auprès des fabricants lorsque l’on choisit des luminaires dans ce type de contexte », rappelle Bernard Ong.
Durée de vie
La durée de vie indiquée par les fabricants est celle de la source lumineuse. Vous trouverez fréquemment les chiffres de 30 000 ou 50 000 heures, mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? On estime que, dans un bureau, les luminaires sont allumés en moyenne 2 500 heures par an. Une durée de vie de 30 000 heures correspond donc à une durée de vie de la source d’environ 12 ans. Dans un hôtel, la durée de vie de la source de ce même luminaire ne sera que de 6 ans, avec un allumage moyen de 5 000 heures par an.

Mais alors, que signifie L70/B50 ? Le « L » correspond à la valeur de maintien du flux lumineux après la durée de vie annoncée, par exemple, 30 000 heures. Ainsi, un L70 signifie que le flux lumineux est descendu à 70 % de sa valeur initiale après 30 000 heures. Le « B » donne une indication sur le pourcentage des LED qui seront en dessous de 70 % du flux lumineux initial, soit 50 % pour un B50. Le marché propose aujourd’hui des durées de vie très contrastées — il est par exemple possible de trouver du L90/B10.
Signalons que cette durée de vie est annoncée à une température de 25 °C. L’environnement du luminaire peut donc impacter la durée de vie annoncée, la raccourcissant très largement, certains appareils sont donc dédiés aux environnements extrêmes.
Réparabilité
Les fabricants fournissent également des données sur la réparabilité des produits, ce qui, dans une perspective d’économie circulaire et d’allongement de la durée de vie des appareils, constitue une donnée fondamentale (voir loi Agec et règlement ESPR).
Bernard Ong : « Aujourd’hui il n’existe pas d’indice de réparabilité officiel pour les luminaires tel qu’on peut en trouver sur d’autres types de produits (smartphone, télévision, électroménager), mais cet indice devrait paraître dans les prochaines années ».
En attendant cet indice, la présence de pièces détachées indiquées comme disponibles par le fabricant constitue un bon indicateur de réparabilité.
Savoir lire une fiche technique : la qualité de la lumière
L’efficacité lumineuse

L’efficacité lumineuse est une donnée réglementée au niveau européen : c’est pour cette raison que les sources d’éclairage autres que les LED ont disparu du marché (à l’exception de quelques rares cas).
Bernard Ong précise que « la plupart des luminaires sur le marché possèdent une efficacité comprise entre 100 et 150 lm/W (classes énergétiques entre F et D), mais on tend vers des classes énergétiques supérieures ».
La température de couleur et l’indice de rendu des couleurs

Température de couleur (CCT) : cette donnée permet de définir la tonalité de lumière ou couleur de lumière d’une source. Elle s’exprime en kelvin (symbole K). La valeur de référence est la lumière du jour. Cette température a été normalisée par la CIE à 6 500 K, ce qui correspond au moment où le soleil est au zénith, soit une teinte de blanc très froid. À titre d’exemple, une lampe halogène se situe à 3 200 K. Il n’existe pas de mauvaise ou de bonne température de couleur, tout est affaire de projet, d’application et même de cultures.
L’indice de rendu des couleurs (IRC ou CRI) : l’indice permet de mesurer la capacité d’une source lumineuse artificielle à rendre les couleurs, telles que celles-ci apparaissent sous la lumière solaire. Pour ce faire, l’IRC s’exprime via une échelle allant de 0 à 100, l’indice 100 étant attribué à la lumière solaire. Un IRC entre 90 et 100 permet un excellent rendu des couleurs. Un IRC entre 80 et 90 permet un bon rendu des couleurs. Tous les luminaires intérieurs doivent ainsi avoir un IRC égal ou supérieur à 80, conformément à la directive ecodesign 2019/125/CE et aux règlements délégués SLR/ELR. Là aussi, il s’agira d’une question de contexte, le retail étant particulièrement concerné par cette notion d’IRC.
SDCM : Le terme SDCM signifie « Standard Deviation Color Matching » (correspondance des couleurs avec écart type). Cette donnée indique la variation de température de couleur d’un luminaire à l’autre pour un même modèle. En effet, deux luminaires identiques ayant une température de couleur de3 000 K pourront présenter des variations visibles, comme un blanc légèrement plus chaud ou plus froid. L’unité de mesure « SDCM » a été créée par David MacAdam. Il a montré que les écarts par rapport à une couleur de référence peuvent être représentés sous la forme d’ellipses disposées autour de la valeur initiale dans le diagramme. Aussi, avez-vous peut-être déjà croisé le terme « ellipses de MacAdam ».
Là encore, tout est affaire de contexte. Si ces différences chromatiques peuvent passer inaperçues dans le cadre d’un éclairage fonctionnel qui éclairera le sol, elles seront beaucoup plus visibles pour d’autres installations : luminaires « lèche mur » ou ligne de lumière graphique formée par plusieurs appareils. On considère que cette différence est clairement visible à partir d’un SDCM 4, le SDCM 1 correspondant à la meilleure performance.
Savoir lire une fiche technique : les fonctionnalités
La troisième thématique des fiches techniques concerne les fonctionnalités du luminaire, autrement dit ses possibilités de gradation et de détection.
Gradation

Dans le cas présent, le luminaire n’est pas gradable, ce qui signifie que l’intensité de la lumière ne peut être modulée. Il faudra donc demander au fabricant s’il est possible de lui adjoindre un système de gradation externe, ainsi que les références compatibles avec le luminaire. Précisons que la gradation peut être manuelle, programmée, mais aussi automatique en fonction des variations de la lumière du jour, grâce à des capteurs de luminosité.
Détection
Intégrés ou non dans le luminaire, les détecteurs sont sensibles au déplacement des personnes ou à leur présence. Ils transfèrent cette information aux luminaires afin d’éclairer uniquement lorsque l’espace est occupé, et éteindre ou abaisser l’éclairage progressivement, cela permettant d’éviter d’importants gaspillages énergétiques. Si le contexte s’y prête, on pourra associer détection et gradation pour encore plus d’économies d’énergie.
Driver
Le driver peut être interne ou déporté, et s’il est déporté, il pourra être fourni ou non. S’il n’est pas fourni, ce coût additionnel sera à prendre en compte. De plus, dans le cas d’un driver déporté, le lieu de son installation sera à étudier, de manière à garantir son accessibilité.
Vie du luminaire, qualité de la lumière et fonctionnalités, vous savez désormais parfaitement lire une fiche technique, armé pour choisir le bon luminaire adapté à votre projet, en fonction de ses critères techniques, environnementaux… et bien sûr de son esthétique et de son prix !
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