Éclairer des berges renaturées
- Aude Grard
- 29 juin
- 5 min de lecture
La renaturation des berges constitue désormais une problématique centrale pour de nombreuses collectivités territoriales. Qu’il s’agisse de restaurer les milieux aquatiques, de limiter les effets des crues ou d’adapter les espaces urbains aux évolutions climatiques, les communes sont de plus en plus nombreuses à engager des démarches de restauration écologique de leurs cours d’eau. Ces opérations s’inscrivent dans une logique de résilience territoriale et de valorisation durable des patrimoines naturels.
À Lagny-sur-Marne, la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire a engagé un ambitieux projet de renaturation des quais, soit 5 hectares réaménagés pour un montant de 7.2 M€ HT. Les anciens quais bétonnés se sont ainsi métamorphosés en un espace de verdure, propice au développement de la biodiversité comme de la promenade.
Alors, comment concilier usage nocturne et création d’une trame noire ? Tourisme vert et obscurité ? Comment éclairer des berges renaturées ? L’agence de conception lumière l’Heure bleue qui porte le volet nocturne de cette réalisation chapeautée par Praxys (mandataire) a répondu aux questions de Prismes.
Accompagner les nouveaux usages nocturnes
Le quai de la Gourdine, qui longe la Marne sur 1,3 km, était à l’origine une voirie, prolongée d’une maçonnerie qui tenait le pied de la berge. Un lieu peu propice à la flânerie qui a été entièrement repensé pour prolonger les usages du centre-ville tout proche et accompagner les activités sportives sur la rivière. Situé dans le lit majeur de la Marne, entre la Marne et le rue Bicheret, ancien bras mort de la Marne, l’objectif du projet de paysage était de donner le sentiment d’être sur une île. Le projet intègre la renaturation des berges le long du quai de la Gourdine et la création d’une promenade et de deux parcs.
Le quai de la Gourdine avant (à gauche) et après (à droite) sa renaturation par Praxys et l'Heure bleue
L’usage nocturne des quais constituait donc un enjeu important. Selon Benoît Fagnou, fondateur de l’Heure bleue, « les gens se promènent, courent, et se rassemblent désormais sur ces quais, y compris le soir. De plus, les habitants du front de Marne sont très attachés à la berge, nous devions donc penser un éclairage à la fois discret de jour, pour garder cette écriture insulaire, et efficace la nuit ».
Éclairer des berges renaturées en respectant la trame noire
« Notre prisme premier est d’éviter les nuisances lumineuses en direction de la faune et de la flore (mais aussi sur l’homme) en nous appuyant sur l’étude « faune flore » réalisée. Le fait d’éclairer à minima fit consensus dès le départ, en particulier auprès des acteurs publics en lien avec l’environnement qui était très présents dans les discussions, notamment la DRIEE (aujourd’hui DRIEAT)".

Extrait de la trame noire conceptualisée par l'Heure bleue
« Nous avons donc dessiné une trame noire qui laisse dans l’obscurité totale les parcs et prairies aménagés dans le cadre du projet. Le projet de paysage favorise en effet les espèces végétales, notamment la ripisylve, comme les espèces animales du site. Nous avons fait le choix d’éclairer au plus juste pour permettre les usages et notamment la promenade sur le quai, en espaçant les points lumineux le plus possible, avec une hauteur du feu qui s’adapte aux usages et aux caractéristiques des quais ».
Un matériel d'éclairage public adapté et inondable
L’agence l’Heure bleue a voulu des mâts d’éclairage les plus discrets possibles. Des mâts Karat P1 de chez TMC Innovation d'une hauteur de 5 mètres ont été choisis, équipés d’un projecteur Xéon de chez Eclatec, doté d’une distribution photométrique concentrée, pour éviter toute émission de lumière vers l’eau et le pied des berges. De plus, les projecteurs sont faiblement inclinés (5%), de manière à orienter encore davantage le faisceau en pied du mât.
Enfin, la température de couleur est de 3000 K pour un éclairement à 13 lux moyen. Il s'agit avant tout de guider le piéton, l'uniformité n'étant pas ici l'objectif principal recherché.
L'Heure bleue a choisi des mâts Karat P1 de chez TMC Innovation, surmontés d’un projecteur Xéon de chez Eclatec
« Nous avons choisi le matériel d’éclairage avec l’objectif qu’il s’efface le plus possible de jour. Néanmoins, nous avons dessiné ce projet il y a dix ans : aujourd’hui l’évolution de la technologie avec la télégestion, la détection, le changement de température de couleur à tout moment, … et des performances des lanternes nous permettrait d’adapter l’éclairage de manière évolutive ».
Enfin, les coffrets ont été remontés en top de mât pour anticiper les inondations.
Le point sur le vocabulaire de la lumière...
Trame noire : Sur le modèle des trames vertes et bleues, la trame noire désigne un réseau écologique propice à la vie nocturne. La pollution lumineuse a de nombreuses conséquences sur la biodiversité. La lumière artificielle nocturne possède en effet un pouvoir d’attraction ou de répulsion sur les animaux vivant la nuit (trameverteetbleue.fr). L’expression « trame noire » a plusieurs sens, puisqu’elle désigne autant le réseau écologique en lui-même que la volonté de limiter les nuisances lumineuses dans ces espaces. L’idée de la trame noire n’est pas nouvelle. De nombreux concepteurs lumière ont proposé aux collectivités dès le début des années 2000 de réduire les éclairages extérieurs, en particulier dans les zones sensibles, et d’apprivoiser l’obscurité, y compris en ville. Avec la prise de conscience des enjeux écologiques et les annonces gouvernementales d’un retour à la sobriété, l’expression « trame noire » s’est imposée depuis quelques années, jusqu’à devenir quasiment connue du grand public.
Nuisances lumineuses : On parle de nuisances lumineuses ou de pollutions lumineuses pour désigner la gêne directe que produit l’éclairage artificiel pour les humains, la faune et la flore, mais aussi pour pointer les conséquences que cet éclairage a sur l’ensemble des écosystèmes et le ciel nocturne. Le halo lumineux qui entoure les villes constitue une des manifestations de la pollution lumineuse.
Photométrie intensive ou distribution photométrique concentrée : Une photométrie intensive désigne une répartition de la lumière concentrée dans un angle réduit, permettant d’éclairer précisément une zone ciblée tout en limitant la diffusion lumineuse vers les espaces environnants.
Température de couleur : Permet de définir la tonalité de lumière ou couleur de lumière d’une lampe. Elle s’exprime en kelvin (symbole K) (source https://www.ace-fr.org/). La valeur de référence est la lumière du jour. Cette température a été normalisée par la CIE à 6500 K, ce qui correspond au moment où le soleil est au zénith, soit une teinte de blanc très froid. À titre d’exemple, une lampe halogène se situe à 3200 K.
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