Durée de vie des luminaires : la fiche technique et au-delà
- Aude Grard
- 1 avr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
« L80/B10 : 70 000 heures » ou encore « L70/B50 : 30 000 heures » — c’est sous ces termes quelque peu ésotériques que s’exprime la durée de vie des sources dans les fiches techniques, une notion indispensable pour bien choisir son luminaire en fonction de son usage.
Mais ces indicateurs, hérités de l’évaluation des modules LED, ne racontent qu’une partie de l’histoire. Lumiscope vous propose d’en décrypter les fondements, tout en prenant du recul : à l’heure où les pratiques de rétrofit et de réparabilité se développent, la pertinence de ces données, centrées sur la seule dépréciation lumineuse, mérite d’être réinterrogée. Si les composantes sont désormais remplaçables : la durée de vie d'un luminaire ne serait-elle pas finalement celle de son enveloppe ?

Comprendre la durée de vie exprimée sur les fiches techniques
La formule LxBy
Si vous lisez Lumiscope, vous savez déjà qu’une LED ne « grille » pas : elle perd progressivement de son flux lumineux au fil du temps. C’est précisément cette dégradation que la notation « LxBy » qu’on trouve sur les fiches techniques permet de décrire.
Prenons un exemple : « L70/B50 : 30 000 heures ».Le « L » correspond au maintien du flux lumineux. Un L70 signifie qu’après 30 000 heures de fonctionnement, le flux lumineux a diminué à 70 % de sa valeur initiale.
Le « B », lui, introduit une dimension statistique. Un B50 indique que 50 % des LED auront un flux inférieur à ce seuil de 70 %, tandis que les 50 % restantes se situeront au-dessus.
Autrement dit :
→ après 30 000 heures d’utilisation,
→ 50 % des LED émettent moins de 70 % de leur flux initial,
→ et 50 % en émettent encore plus de 70 %.
On estime que, dans un bureau, les luminaires sont allumés en moyenne 2 500 heures par an. Une durée de vie de 30 000 heures correspond donc à une durée de vie de la source d’environ 12 ans.
Une réalité plus complexe
Problème résolu alors ? Pas tout à fait. Car cette durée de vie exprimée sur les fiches techniques des luminaires concerne en réalité la source, et non le luminaire en entier : il nous manque la durée de vie du son driver et de l’enveloppe de la source (le corps du luminaire).
La durée de vie du driver
Le vieillissement du driver ne dépend pas uniquement du nombre d’heures de fonctionnement, mais principalement de contraintes thermiques et électriques. Les composants électroniques qu’il contient — notamment les condensateurs électrolytiques — sont sensibles à la température, aux cycles marche/arrêt, aux surtensions et à la qualité du réseau. Ainsi, la durée de vie d’un driver est généralement déterminée par sa température de fonctionnement (avec des lois de type Arrhenius), ce qui peut conduire à des défaillances bien avant les durées de vie LxBy annoncées pour les modules LED. Dans une logique de réparabilité, le driver devient donc un élément critique, devant être remplaçable indépendamment du reste du luminaire.

La question de l’enveloppe — le corps du luminaire
Mais si le driver et la source peuvent être remplacés, comment évaluer la durée de vie de l’enveloppe du luminaire ? Dans ce cadre, la durée de vie de la source seule est-elle encore une donnée pertinente ?
Durée de vie des luminaires et réparabilité : nouvelle donne
À l’origine de la formule
L’expression de la durée de vie des sources exprimée en L/B provient à l’origine de la norme IEC 62722-2-1. Or, cette norme a été mise en place à une époque où les composantes LED n’étaient pas remplaçables — il était donc logique de corréler la durée de vie du luminaire à celle de la LED.
Réparabilité : SLR et ELR
Les réglementations européennes Single Lighting Regulation (SLR) et Energy Label Regulation (ELR), parues entre 2019 et 2020, ont profondément changé la donne. Ces réglementations visent à améliorer la performance énergétique des produits d’éclairage tout en intégrant des exigences croissantes en matière de durabilité, de démontabilité et de disponibilité des pièces détachées. Elles s’inscrivent dans une logique d’économie circulaire, en cherchant à allonger la durée d’usage réelle des produits plutôt qu’à se limiter à leur seule efficacité initiale. Avec ces réglementations, les drivers et les sources deviennent remplaçables — il ne s’agit pas d’une recommandation, mais d’une obligation (sauf pour de cas marginaux, pour « raisons techniques spécifiques »). Sous la pression normative et à la demande des clients, les fabricants se mettent à alors à produire des luminaires réparables dans la perspective d’une économie durable et circulaire.
Si la durée de vie des sources reste une donnée intéressante (en termes de maintenance notamment) c’est désormais la durée de vie de l’enveloppe qui devient la donnée la plus pertinente, celle qui détermine le temps réel d’utilisation du luminaire.
Or, la durée de vie exprimée en heures (25 000 heures / 50 000 heures / 70 000 heures) qu’on trouve aujourd’hui sur les fiches techniques nous renseignent uniquement sur l’usure de la source, pas celle de l’enveloppe. En effet, les heures de fonctionnement d’un luminaire n’usent pas le corps du luminaire, contrairement aux conditions d’utilisation qui mettent à l’épreuve l’acier ou le plastique (exposition à la chaleur, au froid, aux UV, au vent, à la pollution ou à l’humidité).
À quand une redéfinition de la durée de vie ?
Il n’existe aujourd’hui pas de donnée technique intégrée dans les fiches sur la durée de vie des luminaires, au sens d’objet global (source + driver + enveloppe). Les syndicats professionnels travaillent actuellement sur le sujet, mais que faire en attendant ?
Premièrement, avant d’acheter un luminaire, interrogeons-nous sur son matériel principal : est-il en plastique, en acier ou en inox ? Les durées de vie seront bien différentes en fonction de ses conditions d’utilisation.
Et pour aller plus loin, Kristian Friboulet, Président du Syndicat du Luminaire et directeur général d’Addis Composants Électroniques nous livre quelques conseils.
La température ambiante
La question de la température de fonctionnement est sans doute l’un des paramètres les plus déterminants dans la durée de vie réelle d’un luminaire. Comme le précise Kristian Friboulet : « si les fiches techniques annoncent 50 000 ou 100 000 heures, ces valeurs restent fortement dépendantes des conditions d’usage. En pratique, la durée de vie des composants électroniques, notamment des drivers, est directement liée à leur température de fonctionnement. Une règle empirique bien connue illustre ce phénomène : une augmentation de 10 °C peut diviser par deux la durée de vie d’un condensateur électrochimique présent dans le driver, tandis qu’un fonctionnement plus “froid” peut au contraire la prolonger significativement. Or cette température dépend autant de l’environnement (température ambiante, confinement, ventilation) que du contexte électrique, certains usages — notamment industriels — pouvant générer des échauffements supplémentaires ».
Les durées de vie étant calculées avec une température moyenne donnée à l’année. Cette température est de 25 °C degrés dans la majorité des cas, mais il existe des luminaires pensés spécifiquement pour les milieux très chauds ou très froids.
Sur le sujet, consultez notre précédent article : « éclairer dans des conditions extrêmes »

Vers des luminaires centenaires
Dans cette perspective de remplaçabilité des composantes (driver + LED) et de réparabilité, les durées de vie des luminaires explose ! Un certain nombre de fabricants se lancent ainsi dans les analyses de cycle de vie (ACV) de leurs produits, comme en témoigne Kristian Friboulet "nous évaluons que certains de nos luminaires Addis atteignent des durées de vie de 90 ans, en prenant l’hypothèse que le module LED et le driver auront été changés au moins une fois ».
Malheureusement cette notion n’apparaît aujourd’hui nulle part sur les fiches techniques. En attendant une évolution réglementaire, il revient aux acheteurs de s’interroger sur les matériaux et d’entrer dans la culture de la réparabilité, dans un intérêt économique et environnemental.
Le point sur le vocabulaire de la lumière…
Analyse du cycle de vie (ACV) : L’analyse du cycle de vie est la méthode à utiliser pour déterminer l’empreinte environnementale d’un produit et pour en faire une déclaration environnementale. Pour les luminaires, les règles d’ACV sont exprimées dans le document PSR-0014 et donnent lieu à l’établissement de fiches PEP (profils environnementaux produits). Si ces fiches PEP sont validées par l’association PEP ecopassport, elles figurent alors dans la base Inies, base de données environnementale et sanitaire de référence pour les calculs de la RE 2020.
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